Un échange franco-suisse

nuage de mots bulles silhouette : mariage pour tous

Nous avons été en contact avec Cécile, une paroissienne de l’Église réformée de Neuchâtel. Son Église cantonale va durant sa prochaine législature revenir sur la question de la bénédiction des couples de même sexe. Elle a fait une remarquable recension avec des questionnements judicieux :

• Présentation du livre l’Accueil radical (sur l’inclusivité des LGBT) :
première partie et seconde partie

Résumé de propos de théologiens et pasteurs opposés à la bénédiction des couples de même sexe

Présentation de groupes de chrétiens homosexuels dont David & Jonathan

Avec pour base ces différents articles, nous avons produit ensemble une fiche pratique pour questionner nos Églises sur l’inclusivité (l’accueil inconditionnel de toutes personnes) que vous pouvez retrouver ci-dessous :

2016-Fiche-Pour-un-accueil-inclusif-dans-nos-Église

« Bénédictions au temple, frictions dans l’Eglise »

womans hands with paper womenLu sur le site e-llico.com :
http://mobile.e-llico.com/article.htm?benedictions-au-temple-frictions-dans-leglise&articleID=36560

Texte de l’article :

Couples homosexuels protestants
Bénédictions au temple, frictions dans l’Eglise

« De la mairie au temple, Alexandra et Claire-Marine ont eu la joie de vivre un mariage « complet », comme une douzaine de couples homosexuels en un an. Le fruit d’une décision de leur Eglise qui a suscité des remous au sein du protestantisme français.

« Le 17 mai 2015, lors d’un vote des délégués de son synode national à Sète (Hérault), l’Eglise protestante unie de France (EPUdF), qui rassemble luthériens et réformés, donnait son feu vert à la possibilité de bénir des couples gays ou lesbiens.

« Deux ans après l’adoption de la loi Taubira ouvrant le mariage civil à deux personnes de même sexe, cette décision a constitué une quasi-première dans le paysage religieux français. Avant l’EPUdF, la principale Eglise protestante en France avec 110.000 membres actifs revendiqués, seule la petite Mission populaire évangélique (MPEF) pratiquait un « geste liturgique » comparable.

« Si la mesure a été adoptée à la quasi-unanimité des délégués (94 voix pour, 3 contre), c’est sans doute parce qu’elle avait été pesée au trébuchet : l’EPUdF a laissé libres ses quelque 500 pasteurs de procéder – ou non – à ces bénédictions.

« La paroisse luthérienne du Bon Secours, dans le XIe arrondissement de Paris, a ainsi pu accueillir la bénédiction religieuse d’un couple de femmes le 18 juillet, dans la foulée de leur union civile.

Un geste très symbolique

« Le pasteur a posé une main sur la tête d’Alexandra, 34 ans, et celle de Claire-Marine, 28 ans, toutes deux agenouillées. Ce n’était pas un sacrement – le mariage n’en est pas un chez les protestants – mais un geste « émouvant, impressionnant, très symbolique », confie Alexandra à l’AFP.

« « Il était indispensable pour nous de le faire, ainsi notre mariage est complet : nous sommes reconnues en tant que couple par la société civile comme par notre communauté de croyants », ajoute la jeune femme. Elle se préparait avec sa compagne à cette bénédiction depuis des mois, et se dit heureuse d’avoir vu son union « bénie de façon officielle, pas sous le manteau ».

« A Nîmes, fief huguenot historique, le pasteur Jean-François Breyne a attendu la décision synodale – qu’il a votée – avant de dire oui à un couple d’hommes voulant s’engager devant Dieu.

« Leur bénédiction a eu lieu en septembre, sans signe d’hostilité dans la paroisse, hormis la remarque adressée au pasteur par « une vieille dame à la sortie d’un culte : ‘Vraiment, vous avez fait n’importe quoi.' » Les relations avec les évangéliques, très hostiles à des unions homosexuelles qu’ils jugent condamnées par les textes bibliques, ont été nettement plus difficiles. « Je me suis fait traiter de Jézabel, la reine qui trucide les prophètes bibliques, par des collègues évangéliques », raconte le pasteur réformé.

« Même l’EPUdF a tangué. Deux Eglises locales l’ont quittée après le vote de Sète. Un courant de personnalités hostiles à cette décision s’est structuré en son sein, Les Attestants, qui réfute toute homophobie. « La bénédiction vaut pour toutes les personnes ; mais là il s’agit de bénir une union homosexuelle, qui n’est pas conforme au projet de Dieu », estime le secrétaire de cette association, Christophe Desplanque, pasteur à Agen.

« Signe des tensions, la Fédération protestante de France (FPF), qui rassemble des Eglises très diverses, dont l’EPUdF, a même annulé un grand rassemblement envisagé à Lyon pour fêter les 500 ans de la Réforme en 2017. « La communion protestante est blessée », regrette le responsable des Attestants.

« Aux arguments bibliques, les défenseurs de la nouvelle bénédiction opposent « l’accueil inconditionnel » des personnes inscrit dans les Evangiles. Et ils dénoncent les « logiques politiques » de leurs détracteurs.

« « Dans un contexte de baisse du religieux, certains ont peur que, pour quelques homos, leurs Eglises souffrent de divisions », déplore Elisabeth Saint-Guily, une porte-parole du mouvement homosexuel chrétien David et Jonathan.

« Le président de l’EPUdF, Laurent Schlumberger, se veut apaisant. Le week-end dernier lors d’un nouveau synode, à Nancy, il a rappelé que l’accès des femmes au ministère pastoral, il y a un demi-siècle, avait été « très fortement contesté ». Cinquante ans plus tard, il est entré dans les mœurs : un pasteur luthéro-réformé sur trois est une femme.

(Source AFP) »

La violence d’une homophobie policée

L’émission de France Culture Sur les docks du mercredi 21 avril 2016 a diffusé le documentaire radiophonique de Stéphane Bonnefoi et Guillaume Baldy : « Église protestante et homosexualité, une affaire de bénédiction » qui revient sur le synode national de l’Église protestante unie de mai 2015 qui a ouvert la possibilité de bénir en son sein des couples de même sexe pour les paroisses qui le souhaiteraient.

Christine, paroissienne de Nice, est opposée à la bénédiction des couples de même sexe car pour elle « le projet de Dieu est un couple de mari et femme » et ne voit pas « le projet de Dieu dans un couple de même sexe ». Pourtant, on peut tenir ensemble la nécessaire complémentarité homme-femme et la reconnaissance de nos couples qui ne portent pas un amour moindre qu’un autre et par lesquels peut passer le projet de Dieu pour notre humanité.
Cette paroissienne a « eu la curiosité d’aller sur leur site [des Attestants], d’aller les écouter, enfin de voir ». Pourtant opposée comme eux à la bénédiction des couples de même sexe, elle « trouve ça extrêmement violent », « très agressif ».

non à l'homophobie, au sexisme

À entendre les propos du pasteur Gilles Boucomont, co-fondateur des Attestants, malgré un discours policé, il y a effectivement une forme de violence à notre encontre : « Est-ce que c’est plus stigmatisant de dire à un homosexuel, mais est-ce que tu as la possibilité d’envisager ta vie sans l’homosexualité que de dire à quelqu’un d’adultère qui est dans ma communauté et à qui je dis mais comment tu fais pour vivre ta vie sans l’adultère ? »
Si on demandait à une personne hétérosexuelle si elle a la possibilité d’envisager sa vie sans son hétérosexualité, chacun-e pourra constater ce que ces propos ont de fallacieux. Est-il encore besoin de rappeler, en 2016, que l’homosexualité n’est pas un choix ? Il est possible de vivre une sexualité librement et mutuellement consentie entre deux personnes adultes de même sexe qui se place en vérité dans le respect mutuel, dans l’amour et sous l’égide de Dieu.
Nous tenons à attirer l’attention sur le fait que de tels propos en provenance d’un pasteur de l’EPUdF peuvent être lourds de conséquences destructrices. Nous avons déjà accueilli au sein de notre association des personnes en grande souffrance après avoir entendu de tels discours au sein de leurs paroisses. Certaines de ces personnes restaient convaincues au fond d’elles-mêmes que leur homosexualité était un manque de courage et de volonté à essayer de toutes leurs forces de vivre dignement leur foi. Une telle impasse les conduisant parfois à des comportements destructeurs envers eux-mêmes et envers les autres. Un tel discours peut également, dans certains cas, conduire des parents à rejeter leur enfant car il ou elle est homosexuel-le.
Par ailleurs, le rapprochement que fait ce pasteur entre une relation incestueuse entre « un père et une fille » et la relation mutuellement consentie entre deux personnes adultes de même sexe est dans la réalité totalement infondé et intolérable. Rien ne permet de justifier de la violence de tels propos. Dans ce cas précis, il ne s’agit plus de “liberté d’expression” ou d’“avis personnel” ou encore d’“interprétation théologique” mais seulement de l’expression d’un mépris profond à l’encontre des personnes homosexuelles qui distille finalement par de telles comparaisons qu’homosexualité serait synonyme d’immoralité.

Une orientation sexuelle ne rend pas meilleur ou pire ; c’est pourquoi toute personne devrait avoir sa place au sein de la communauté chrétienne, sans avoir à taire ce qu’elle est. Toute personne devrait pouvoir devenir prédicateur ou prédicatrice comme tout autre croyant qui est porteur de la parole de Jésus Christ au sein de l’Église protestante.
Le message de ce pasteur ne correspond pas, à notre sens, au message du Christ qui est notamment de donner son amour aux cœurs purs, aux bienveillants, aux sincères et aux pêcheurs.
Par ailleurs, nous rappelons avec force le message porté par l’EPUdF à l’issu du synode national de mai 2015 : «  Le Synode est soucieux à la fois de permettre que les couples de même sexe se sentent accueillis tels qu’ils sont et de respecter les points de vue divers qui traversent l’Église protestante unie. Il ouvre la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu ».

Cette forme de rejet de l’autre à cause de sa différence a de tout temps fait le lit des pires exactions ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard. Nous ne sommes jamais à l’abri d’un retour à l’ostracisme, c’est pourquoi il nous semble important de réagir face à des propos qui ne respectent pas les chrétiens que nous sommes et plus encore notre dignité en tant qu’êtres humains.
Ce discours de rejet n’est pas le seul à prendre une apparence chrétienne, utilisant la Bible comme justificatif mais oubliant sa dynamique évangélique subversive envers tous les pharisianismes. Voilà pourquoi nous la dénonçons et la condamnons fermement, en espérant que nous ne soyons pas les seuls…

Nous appelons à une parole ferme et responsable, au nom même des valeurs évangéliques, contre toute forme de discours méprisants envers les personnes en raison de leur orientation sexuelle.

 Version PDF : 2016-04-29-D&J_Protestants_Communiqué

Décision du synode de l’Église Protestante Unie de France

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David & Jonathan salue la décision du synode de l’Église Protestante Unie de France en faveur de la bénédiction des couples homosexuels mariés qui contribue à la lutte contre l’homophobie.

Nous nous réjouissons de la décision de son synode national « d’ouvrir la possibilité, pour ceux et celles qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu ». Il s’agit d’une grande avancée pour la reconnaissance de l’amour de tous les couples et de l’égalité de chacune et chacun, y compris dans une vie de foi. C’est aussi un réel pas dans la lutte contre l’homophobie dans les Églises chrétiennes comme dans le reste de la société.

Pour celles et ceux qui limitent encore la définition du mariage aux seuls couples hétérosexuels, nous rappelons que cette vision ne justifie en rien des attitudes ou discours homophobes tels que considérer l’homosexualité comme une maladie ou un péché.

Reprenant le communiqué de l’Église Protestante Unie qui a fait suite à cette décision, nous voulons de même être porteurs d’une bénédiction pour les communautés chrétiennes d’aujourd’hui. C’est pourquoi nous sommes à disposition des Églises et des pasteurs qui sont toujours en questionnement concernant l’homosexualité, afin de témoigner de ce que nous vivons.

Contact : contact.protestants [at] davidetjonathan.com

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